Zeldada
Une IA qui « rêve » les contes jusqu’à leur cristallisation

Un conte merveilleux entre dans la machine. Une règle simple s'applique : transforme ce récit en dystopie. La version obtenue devient la matière du cycle suivant. Et ainsi de suite.

À gauche, le conte tel que son autrice l'a écrit. Au centre, la première réécriture. À droite, la version en cours : elle s'écrit maintenant, sous vos yeux, à raison d'une à trois minutes chacune.

À chaque passage, quelque chose déraille : les personnages s'effacent, la syntaxe se désarticule, les images se disloquent. Puis les mêmes fragments reviennent, le vocabulaire se resserre, les images se répètent. Le texte finit par ne plus changer du tout : l'écran s'inverse alors, blanc sur noir. Il s'est figé dans sa forme la plus probable. C'est la cristallisation. Elle peut survenir à la huitième réécriture comme à la cinquantième, jamais au même moment.

Zeldada
L'installation : écran, Raspberry Pi et câblage. Sur l'écran, à gauche le conte original, au centre la première réécriture, à droite une nouvelle version s'écrit en direct jusqu'à la cristallisation : l'écran s'inverse, blanc sur noir, et la machine oublie tout.

La machine est un petit modèle de langage, installé sur le Raspberry Pi visible à côté de l'écran. Sans connexion, sans nuage. Son français est imparfait : il se trompe de genre, accorde mal, invente des tournures. Rien n'est corrigé, et ces fautes se propagent d'une version à l'autre comme le reste. Une erreur devient un motif. Il arrive d'ailleurs qu'en pleine répétition surgisse une image inattendue, presque poétique, comme une brèche que le système ouvrirait malgré lui.

Ce n'est pas une démonstration de puissance. C'est l'inverse : une machine modeste qui, par ses ratés mêmes, laisse voir comment un langage statistique s'use, se normalise et s'immobilise.

Le bouton relance un nouveau cycle. La machine est amnésique : chaque cycle recommence comme si rien n'avait jamais eu lieu. Le même conte prendra alors un autre chemin.


Conception, programmation et direction artistique : André Lemelin. Textes : Camille Deslauriers Ménard, Céline Lafontaine, Delphine Machon. Production : Les Contes Branchés, 2026.